Atelier côtier à Playa Chica
Des découvertes archéologiques à Playa Chica, sur l'île de Grande Canarie, révèlent un atelier côtier datant des 11e à 13e siècles. Cet atelier était dédié à la transformation et à la conservation du poisson par les populations amazighes pré-européennes.
Les fouilles ont mis en évidence :
- Des milliers d'écailles de poisson
- Des hameçons taillés dans des défenses de porc
- Des outils en cornes de chèvre
- 29 foyers témoignant d'une exploitation organisée des ressources marines
Étude publiée dans PLOS ONE
Une étude publiée le 10 juin 2026 dans la revue PLOS ONE détaille ces découvertes. Menée par Jonathan Santana de l'Université de Las Palmas de Gran Canaria, elle montre que ce site ne servait pas uniquement de lieu de consommation ponctuelle.
En réalité, il constituait un espace spécialisé dans :
- La pêche
- Le traitement
- La probable conservation des produits de la mer
Analyse des foyers et des restes végétaux
Les analyses des foyers et des restes végétaux soutiennent cette hypothèse. Les 29 structures de combustion identifiées contiennent des traces de :
- Pin des Canaries
- Euphorbes
- Rhizomes de cypéracées
Ces plantes produisent une fumée dense à basse température, suggérant que les poissons étaient séchés ou légèrement fumés pour une conservation prolongée. Le site se distingue par l'absence presque totale de céramique et de restes d'animaux terrestres, contrairement aux espaces domestiques classiques.
Pour les chercheurs, ces éléments indiquent que les ressources marines n'étaient pas des compléments alimentaires occasionnels, mais des produits transformés et potentiellement échangés avec les communautés intérieures de l'île. Les espèces identifiées renvoient à une pêche côtière réalisée à l'aide de lignes et de filets. Cette découverte enrichit la compréhension de l'économie des habitants de Grande Canarie, où le littoral jouait un rôle central dans l'alimentation, la conservation et les échanges.
L'importance de ce site dépasse les frontières des Canaries. Les adaptations maritimes des populations du nord-ouest de l'Afrique restent peu documentées pour cette période. L'archipel, peuplé avant la conquête européenne par des groupes amazighs, offre un observatoire unique pour étudier ces savoir-faire adaptés à un environnement insulaire. Les auteurs soulignent toutefois que les données restent partielles, notamment pour les phases les plus anciennes du site, et que les fouilles systématiques de contextes côtiers demeurent rares dans l'archipel.
Cette découverte redéfinit l'image des sociétés canariennes pré-européennes. Elle remet en cause un modèle économique basé uniquement sur l'élevage, les céréales et les ressources terrestres, en révélant une économie où le littoral occupait une place centrale. Les résultats de Playa Chica ouvrent une piste majeure pour explorer une histoire maritime africaine encore largement inédite, dont les Canaries conservent des traces exceptionnellement lisibles.